Et si on prenait – enfin ! – les électeurs au sérieux (extrait 2)

À l’époque de vos premiers mandats d’élu, la politique n’était pas aussi discréditée que maintenant…

Non. Depuis, les gouvernements successifs ont contri- bué au sentiment d’impuissance de l’action politique, et au désenchantement suscité par les promesses non tenues. Les politiques, du baron territorial aux apprentis ministres, ont beaucoup contribué au discrédit provoqué par le sen- timent qu’ils donnent de la politique, perçue comme une vaste cour de récréation et un grand concours d’egos. J’ai vécu le vertige du pouvoir en gagnant successivement toutes les élections : régionales, cantonales, municipales.

Je me sentais entraîné dans une logique de carrière. Mais ce e ambition personnelle était associée à un projet collectif, dans une vision d’ensemble et dans une volonté de transformation sociale. Et je n’ai jamais oublié que j’ai été élevé dans une famille où le respect constituait la valeur des valeurs.

Je me souviens de ce e soirée électorale des cantonales de 1988, où j’avais ba u le député et conseiller général RPR Antoine Gissinger. Dans mon discours, j’ai insisté sur l’immense travail qu’il avait réalisé dans le canton. Je lui ai rendu hommage. Vraiment. Je n’ai par ailleurs jamais caché mon émotion dans mes expressions publiques. Être plus un homme qu’un notable, c’est aussi partager ce que l’on ressent, l’empathie qui nous porte et tout ce que l’on peut dire de plus vrai, qui nous vient du cœur. Ce même soir, j’ai vu mon beau-père au bras de mon épouse. Ils étaient acca- blés de chagrin. Ils venaient de perdre une épouse et une mère quelques mois plus tôt. En les voyant tous les deux, l’émotion m’a saisi. Je ne pouvais plus dire un mot. Il y eut un long silence, partagé par une salle en communion. Ce fut à la fois un bel hommage, à une femme que j’adorais tant, et une soirée électorale où l’humain prenait le pas sur la victoire.

En 1989, quand vous vous présentez à la mairie de Kingersheim comme tête de liste, y a-t-il une priorité dans votre pro- gramme, un thème qui se dégage ?

Oui, nous avons placé l’enfant au cœur du projet. Cela reste le l conducteur d’une ville qui aura, durant ce premier mandat, ouvert une nouvelle école, le Village des enfants, construit un équipement culturel original avec le CREA (Centre de rencontre, d’échanges et d’animation) et initié le festival MOMIX, qui fait aujourd’hui partie des quatre ou cinq grands festivals pour le jeune public en France. Ces projets, qui auront donné le sou e et l’identité d’une ville qui en manquait, font partie de ce que j’appelle la parole tenue et la promesse en politique : dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on dit. À l’issue de ce premier man- dat, nous avons été réélus à 65%. Et ce, malgré la nécessité, à laquelle nous avons été confrontés, d’augmenter le taux de la scalité locale de 45% en deux ans.

Pourquoi avoir donné la priorité aux enfants ?

D’abord parce que ce sont les citoyens de demain. Ensuite parce que mobiliser les enfants, c’est mobiliser les familles. En n, parce qu’en travaillant avec le conseil municipal des enfants, on aborde vraiment les questions d’intérêt général. Nous l’avons institué en 1989, parmi les tout premiers de France. Puis j’ai renoncé à poursuivre ce e expérience, comme je refuse de créer un club du troisième âge. Dans le processus démocratique mis en œuvre dans ma commune, à travers les conseils participatifs (voir page 57), j’essaie de rassembler de plain-pied toutes les ressources humaines et sociales pour agir ensemble. Je pense que l’atomisation des instances démocratiques, par âge ou par centre d’intérêt, ajoute à l’atomisation de notre société.

Avec le recul, c’est aussi à nos enfants que je pense quand je considère que la question centrale du XXIe siècle est écologique. C’est notamment le sens de mon engagement pour la transition écologique et énergétique dans l’agglomération de Mulhouse depuis plus de dix ans.