La fabrique du temps nouveau. Entretiens sur la civilisation néolibérale

Comment expliquer cette brusque accélération de l’histoire qu’est la mondialisation ? Quelles sont ses conséquences sur la façon dont nous faisons société et sur ce que nous sommes ? A la recherche du système parfait – celui qui permettrait à l’humanité d’entrer dans la fin de l’histoire en annulant ses contradictions -, les « révolutionnaires » néolibéraux s’en sont remis, dans tous les domaines, à la main invisible de l’offre et de la demande.

Quels que soient les champs envisagés, la rupture avec l’époque antérieure semble radicale. Naguère orienté par l’espace dont les frontières déterminaient nos appartenances, le monde est désormais façonné par le temps des réseaux. Or ce que nous avons gagné en liberté, nous l’avons perdu en sécurité. D’où la schizophrénie dans laquelle le monde s’enfonce, nourrie du sentiment de menaces diffuses auxquelles il est d’autant plus difficile de répondre que toutes les institutions d’hier (de l’Etat à la famille) sont progressivement devenues incapables de symboliser et de normaliser les rapports humains. Point de basculement fondateur, le moment néolibéral brouille les normes communes et exacerbe l’éternel dilemme entre liberté et sécurité.

Un entretien mené par Karim Mahmoud-Vintam, professeur de géopolitique à Sciences Po Lyon