Et si on prenait – enfin ! – les électeurs au sérieux (extrait 1)

Notre démocratie essentiellement fondée sur les élections (de plus en plus boudées par les Français), donc sur la conquête du pouvoir par les partis politiques, montre ses limites de mandats en mandats.

Les électeurs attendent l’alternative, ils ne récoltent que l’alternance.

Les changements sont essentiellement sémantiques. D’où le désenchantement, le rejet et la défiance à l’égard de ceux qui sont en responsabilité !

Comment peut-il en être autrement quand, pour gagner les élections, on applique les mêmes ingrédients que pour le marketing commercial :

– La séduction, alors qu’il serait urgent de parler vrai. Mais les électeurs sont-ils en capacité, dans un pays passé maître dans l’addition des corporatismes, d’entendre la vérité ?

– La caricature, alors que notre société est marquée par la complexité. Mais se donne-t-on le temps et les moyens d’aller au fond des sujets ?

– La posture, qui fait que l’on s’oppose quand on est dans l’opposition, et que l’on est persuadé d’avoir toujours rai- son quand on est dans la majorité.

Quel spectacle indigne que le débat politique dans notre pays !

Pas même digne d’une cour de récréation…

Personne ne croit que le salut viendra des extrêmes. Mais ils constituent le refuge et le réceptacle de toutes les colères et de toutes les désespérances.

Réveillez-vous, Pierre Mendès France, Charles de Gaulle, Vaclav Havel, vous qui, avec d’autres, avez su conjuguer l’utopie, la résistance et l’engagement !

C’est-à-dire le courage de parler vrai et d’agir juste.

Réveillons-nous, là où nous sommes, dans les petites décisions qui font la vie de tous les jours, afin d’offrir l’ambition d’une société intelligente et fraternelle !

Le changement se fera en-haut et en-bas.

Il se fera en nous, avec nous et parmi nous.

Vaclav Havel, quand il a été élu président de la République de Tchécoslovaquie, n’a pas cherché à a er ses concitoyens. Il voyait bien que la crise démocratique était une crise systémique. Et, critiquant le système totalitaire, il disait ceci : « Nous avons accepté trop longtemps d’aller de démission en démission, de compromission en compromission. »

Face à l’hypertrophie électorale et partisane, qui ouvre des boulevards d’a-responsabilité, la démocratie-construction que je prône et que j’essaie d’établir dans la commune dont je suis le maire, Kingersheim, peut ouvrir des chemins d’espérance. C’est ce dont je souhaite témoigner à travers ce livre.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », avertissait Antonio Gramsci dans ses Carnets de prison écrits dans les années 1930.

Pour éviter le pire, ayons confiance en nous et en notre capacité à donner le meilleur de nous-même.